Douleur d’épaule la nuit : et si c’était la coiffe des rotateurs ?
L’essentiel à retenir
Une douleur d’épaule nocturne qui vous réveille est un symptôme évocateur de pathologie de la coiffe des rotateurs, notamment d’une tendinopathie chronique ou d’une rupture tendineuse. Cette pathologie touche environ 30% des personnes après 50 ans (source : HAS). Le diagnostic se confirme par un examen clinique et une échographie ou IRM. Le traitement est d’abord médical (kinésithérapie, infiltrations) avant d’envisager une chirurgie arthroscopique en cas d’échec.
Pourquoi mon épaule me fait-elle mal la nuit ?
La douleur nocturne de l’épaule est caractéristique de certaines pathologies. Plusieurs mécanismes l’expliquent :
En position allongée :
- La pression de la position couchée comprime la zone tendineuse
- Le retour veineux est moins efficace, favorisant l’inflammation
- L’absence de mouvement entretient les microcristaux inflammatoires
- Les muscles ne maintiennent plus l’écartement articulaire
Le matin :
- L’épaule est raide (“dérouillage matinal”)
- Le mouvement provoque une douleur vive avant amélioration progressive
Ce schéma douleur nocturne + dérouillage matinal est très évocateur de pathologie inflammatoire de la coiffe des rotateurs.
Qu’est-ce que la coiffe des rotateurs ?
La coiffe des rotateurs est un ensemble de 4 tendons qui entourent l’articulation de l’épaule comme une coiffe (d’où son nom).
Les 4 tendons
| Tendon | Origine musculaire | Rôle principal |
|---|---|---|
| Sus-épineux | Sus-épineux | Élévation du bras |
| Sous-épineux | Sous-épineux | Rotation externe |
| Sous-scapulaire | Sous-scapulaire | Rotation interne |
| Petit rond | Petit rond | Rotation externe |
Leurs rôles essentiels
- Stabiliser la tête humérale dans la glène (cavité de l’omoplate)
- Initier les mouvements de l’épaule
- Permettre la précision des mouvements
- Travailler en synergie pour tous les gestes du bras
Le tendon le plus souvent touché est le sus-épineux, car il passe dans un espace anatomique très étroit entre l’humérus et l’acromion (relief osseux supérieur).
Les pathologies de la coiffe des rotateurs
Plusieurs pathologies peuvent affecter la coiffe et provoquer des douleurs nocturnes :
1. La tendinopathie chronique (anciennement “tendinite”)
C’est la forme la plus fréquente, surtout chez les 40-60 ans. Le tendon souffre de microtraumatismes répétés liés à l’âge ou aux activités sollicitantes (jardinage, peinture, sports de lancer).
Symptômes :
- Douleur progressive depuis quelques semaines/mois
- Douleur lors des mouvements d’élévation (peigne, brossage)
- Douleur nocturne dès qu’on dort sur l’épaule concernée
- Limitation modérée des mouvements
- Pas de perte de force franche
2. Le conflit sous-acromial
Le tendon sus-épineux passe dans un espace étroit entre l’humérus et l’acromion. Avec l’âge, des becs osseux (ostéophytes) peuvent se former sous l’acromion, créant un frottement permanent sur le tendon.
Symptômes :
- Douleur lors de l’élévation entre 60° et 120° (zone douloureuse caractéristique)
- Aggravation progressive
- Douleur nocturne à un stade évolué
3. La rupture partielle de coiffe
Le tendon est partiellement déchiré (sur sa face supérieure ou inférieure). C’est souvent l’évolution d’une tendinopathie chronique.
Symptômes :
- Douleur plus intense
- Réveils nocturnes fréquents
- Légère perte de force
- Réponse partielle aux infiltrations
4. La rupture transfixiante de coiffe
Le tendon est complètement rompu, créant un trou dans la coiffe. Très fréquente après 60 ans (jusqu’à 40% des plus de 70 ans), souvent asymptomatique mais parfois très invalidante.
Symptômes :
- Douleur intense, surtout nocturne
- Perte de force sur certains mouvements (élévation, rotation)
- Limitation des activités quotidiennes
- Possible “épaule pseudo-paralytique” (impossibilité de lever le bras)
5. La calcification tendineuse
Dépôts de cristaux de calcium dans le tendon, fréquents chez la femme entre 30 et 50 ans. Évolution caractéristique en plusieurs phases.
Symptômes :
- Douleur intense, parfois brutale
- Possible crise hyperalgique (douleur très intense pendant quelques jours)
- Visualisation à la radiographie
Quand consulter ?
Tous les symptômes douloureux ne nécessitent pas une consultation immédiate. Mais certains signes doivent vous alerter :
Signaux d’alerte
🚨 Consultez rapidement si :
- Douleur intense d’apparition brutale
- Perte de force franche du bras
- Impossibilité de lever le bras au-dessus de l’horizontale
- Douleur nocturne empêchant le sommeil depuis plus de 2-3 semaines
- Antécédent de chute ou traumatisme
🚨 Consultez en urgence si :
- Traumatisme avec déformation visible
- Perte de sensibilité ou de motricité du bras
- Douleur thoracique associée (à différencier d’un problème cardiaque)
Quand ne pas s’inquiéter immédiatement
- Douleur ponctuelle après un effort inhabituel
- Courbatures sportives
- Douleur cédant en quelques jours avec repos et antalgiques
Comment se passe le diagnostic ?
Le diagnostic d’une pathologie de la coiffe des rotateurs repose sur 3 étapes :
Étape 1 — L’interrogatoire
Le chirurgien recherche :
- Âge et antécédents
- Profession et activités sollicitantes
- Sports pratiqués (notamment lancers : tennis, handball)
- Mode d’apparition (progressif ou brutal)
- Caractéristiques de la douleur (nocturne, mécanique, à l’effort)
- Mouvements déclenchants
- Retentissement sur la vie quotidienne
Étape 2 — L’examen clinique
Examen méthodique de l’épaule :
- Inspection (amyotrophie, signes inflammatoires)
- Mobilités passive et active dans toutes les directions
- Tests spécifiques :
– Test de Jobe (sus-épineux) – Patte (sous-épineux) – Lift-off, Belly press (sous-scapulaire) – Tests d’instabilité, de conflit (Neer, Hawkins) – Test de Speed et Yergason (long biceps)
- Évaluation de la force
Étape 3 — Les examens complémentaires
Radiographies (face, profil, faux profil) :
- Recherche d’arthrose, calcification, anomalie acromiale
- Premier examen à demander
Échographie de l’épaule :
- Examen dynamique
- Visualise les tendons et leurs lésions
- Examen de référence en première intention
IRM de l’épaule :
- Examen le plus complet
- Indispensable avant une chirurgie
- Visualise tendons, muscles, cartilage, os, structures associées
Arthroscanner :
- Alternative à l’IRM (en cas de contre-indication)
- Bien adapté aux lésions de coiffe
Les options thérapeutiques
Le traitement médical (en première intention)
Pour la majorité des cas, un traitement médical bien conduit donne d’excellents résultats.
1. Le repos relatif
- Arrêt des activités déclenchantes (sport, gestes sollicitants)
- Pas d’immobilisation totale (qui aggrave la raideur)
- Adaptation des positions de sommeil (éviter de dormir sur l’épaule)
2. Les antalgiques et anti-inflammatoires
- Paracétamol en première intention
- AINS courte durée si pas de contre-indication
- Application de chaleur ou froid selon préférence
3. La kinésithérapie spécialisée C’est le pilier du traitement médical. Programme étalé sur 3 à 6 mois :
- Étirements et mobilisations passives
- Travail postural et de la statique
- Renforcement progressif des rotateurs (exercices excentriques)
- Renforcement des fixateurs de la scapula
- Massages, physiothérapie
4. Les infiltrations
- Cortisone (effet rapide, durée variable)
- Acide hyaluronique (parfois utilisé)
- PRP (plasma riche en plaquettes) : indication discutée
- 1 à 3 infiltrations possibles
- Sous échographie de préférence
Les résultats du traitement médical
- 70-80% d’amélioration pour les tendinopathies simples
- 50-60% d’amélioration pour les ruptures partielles
- Variable pour les ruptures transfixiantes
Le traitement médical doit être poursuivi 3 à 6 mois avant d’évaluer son échec.
La chirurgie (en seconde intention)
Indication :
- Échec du traitement médical bien conduit
- Rupture transfixiante chez patient motivé
- Calcification résistante
- Perte de force majeure
La technique : arthroscopie de l’épaule
L’opération se déroule sous anesthésie générale avec bloc inter-scalénique (qui anesthésie le bras pendant 12-24h pour le confort post-opératoire).
Étapes :
- Installation, désinfection
- Création de 3-4 petites incisions de 5 mm
- Bilan arthroscopique complet
- Acromioplastie : résection du bec osseux acromial
- Réparation tendineuse : insertion d’ancres dans l’os, sutures du tendon
Durée : 60 à 90 minutes selon l’étendue. Hospitalisation : ambulatoire ou 1 nuit.
Suites de la chirurgie
Immobilisation :
- Coussin d’abduction pendant 4 à 6 semaines
- Bras maintenu en écartement modéré
- Permet la cicatrisation du tendon
Rééducation :
- Mobilisations passives douces dès J7
- Mobilisation active assistée à 6 semaines
- Renforcement actif à 3 mois
- Reprise progressive des activités à 4-6 mois
Récupération complète : 4 à 6 mois en moyenne (parfois jusqu’à 1 an pour les ruptures importantes).
Comment soulager la douleur nocturne en attendant ?
Quelques conseils pratiques pour mieux dormir :
Adapter votre position
- Dormez sur le dos plutôt que sur le côté douloureux
- Surélevez votre bras sur un oreiller
- Coussin d’allaitement entre les bras pour un soutien latéral
- Évitez le côté douloureux
Avant le coucher
- Glaçage 15-20 minutes (sauf calcification en phase chaude)
- Antalgique environ 1h avant le coucher
- Étirements doux non douloureux
- Application de chaleur (poche, douche chaude)
Hygiène du sommeil
- Pièce fraîche
- Pas d’écran avant le coucher
- Heure régulière
- Activité physique adaptée dans la journée
À éviter
- Dormir sur l’épaule douloureuse
- Levés brutaux du bras
- Auto-massages forts
- Auto-médication prolongée sans avis
Questions fréquentes
Combien de temps une tendinite de l’épaule met-elle à guérir ?
Une tendinopathie de la coiffe des rotateurs nécessite 3 à 6 mois de traitement médical bien conduit pour s’améliorer significativement. La guérison complète peut prendre jusqu’à 12 mois. La régularité de la kinésithérapie est essentielle.
Une rupture de coiffe peut-elle guérir sans opération ?
Les ruptures partielles peuvent s’améliorer avec le traitement médical. Les ruptures transfixiantes ne cicatrisent jamais spontanément. Cependant, beaucoup de patients fonctionnent correctement malgré une rupture, grâce à la compensation par les autres tendons. La décision opératoire dépend de la douleur, de la perte de fonction et du profil du patient.
À quel âge ne plus opérer une rupture de coiffe ?
Il n’y a pas d’âge limite formel. La décision dépend de l’état général, des comorbidités, de la qualité musculaire et tendineuse, des attentes du patient. Au-delà de 70-75 ans, en cas de rupture massive avec rétraction et amyotrophie majeure, une prothèse d’épaule inversée peut être préférable à une réparation de coiffe.
L’infiltration de cortisone est-elle dangereuse ?
Les infiltrations sont sûres si elles sont réalisées dans les règles. Limitez-vous à 2-3 par an au maximum sur la même articulation. Effets secondaires possibles : poussée inflammatoire transitoire (24-48h), perturbation glycémique chez le diabétique, modification cutanée locale rare.
Peut-on prévenir les pathologies de la coiffe des rotateurs ?
Oui, partiellement :
- Activité physique régulière et équilibrée
- Renforcement des rotateurs et fixateurs de scapula
- Éviter les surcharges brutales
- Adapter les gestes professionnels
- Limiter les sports de lancer intensifs
- Prise en charge précoce des premières douleurs
Conclusion
Une douleur d’épaule nocturne persistante ne doit pas être banalisée. Elle révèle souvent une pathologie de la coiffe des rotateurs qui, prise en charge précocement, répond très bien aux traitements.
Le traitement médical (kinésithérapie, infiltrations) reste la première étape pour la majorité des patients. La chirurgie arthroscopique, en cas d’échec ou de rupture transfixiante, offre d’excellents résultats avec une récupération en 4 à 6 mois.
Le Dr Moussadjy, membre de la SFA (Société Française d’Arthroscopie), prend en charge l’ensemble des pathologies de l’épaule à la Clinique Saint-Faron (Mareuil-lès-Meaux, 77) et à la Clinique Paris-Lilas (Les Lilas, 93).
Pour prendre rendez-vous : Doctolib ou par téléphone au 01 82 22 84 86.
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- Luxation de l’épaule : Bankart ou Latarjet ?
- Prothèse d’épaule : anatomique ou inversée ?
Le Dr Abdealy-Sheeraz Moussadjy est chirurgien orthopédiste accrédité HAS, ancien chef de clinique APHP (Hôpital Avicenne), membre de la SOFCOT et de la SFA, exerçant à Mareuil-lès-Meaux (77) et aux Lilas (93). Cet article a une valeur informative et ne se substitue pas à une consultation médicale personnalisée.
Douleur d’épaule la nuit : et si c’était la coiffe des rotateurs ?
L’essentiel à retenir
Une douleur d’épaule nocturne qui vous réveille est un symptôme évocateur de pathologie de la coiffe des rotateurs, notamment d’une tendinopathie chronique ou d’une rupture tendineuse. Cette pathologie touche environ 30% des personnes après 50 ans (source : HAS). Le diagnostic se confirme par un examen clinique et une échographie ou IRM. Le traitement est d’abord médical (kinésithérapie, infiltrations) avant d’envisager une chirurgie arthroscopique en cas d’échec.
Pourquoi mon épaule me fait-elle mal la nuit ?
La douleur nocturne de l’épaule est caractéristique de certaines pathologies. Plusieurs mécanismes l’expliquent :
En position allongée :
- La pression de la position couchée comprime la zone tendineuse
- Le retour veineux est moins efficace, favorisant l’inflammation
- L’absence de mouvement entretient les microcristaux inflammatoires
- Les muscles ne maintiennent plus l’écartement articulaire
Le matin :
- L’épaule est raide (“dérouillage matinal”)
- Le mouvement provoque une douleur vive avant amélioration progressive
Ce schéma douleur nocturne + dérouillage matinal est très évocateur de pathologie inflammatoire de la coiffe des rotateurs.
Qu’est-ce que la coiffe des rotateurs ?
La coiffe des rotateurs est un ensemble de 4 tendons qui entourent l’articulation de l’épaule comme une coiffe (d’où son nom).
Les 4 tendons
| Tendon | Origine musculaire | Rôle principal |
|---|---|---|
| Sus-épineux | Sus-épineux | Élévation du bras |
| Sous-épineux | Sous-épineux | Rotation externe |
| Sous-scapulaire | Sous-scapulaire | Rotation interne |
| Petit rond | Petit rond | Rotation externe |
Leurs rôles essentiels
- Stabiliser la tête humérale dans la glène (cavité de l’omoplate)
- Initier les mouvements de l’épaule
- Permettre la précision des mouvements
- Travailler en synergie pour tous les gestes du bras
Le tendon le plus souvent touché est le sus-épineux, car il passe dans un espace anatomique très étroit entre l’humérus et l’acromion (relief osseux supérieur).
Les pathologies de la coiffe des rotateurs
Plusieurs pathologies peuvent affecter la coiffe et provoquer des douleurs nocturnes :
1. La tendinopathie chronique (anciennement “tendinite”)
C’est la forme la plus fréquente, surtout chez les 40-60 ans. Le tendon souffre de microtraumatismes répétés liés à l’âge ou aux activités sollicitantes (jardinage, peinture, sports de lancer).
Symptômes :
- Douleur progressive depuis quelques semaines/mois
- Douleur lors des mouvements d’élévation (peigne, brossage)
- Douleur nocturne dès qu’on dort sur l’épaule concernée
- Limitation modérée des mouvements
- Pas de perte de force franche
2. Le conflit sous-acromial
Le tendon sus-épineux passe dans un espace étroit entre l’humérus et l’acromion. Avec l’âge, des becs osseux (ostéophytes) peuvent se former sous l’acromion, créant un frottement permanent sur le tendon.
Symptômes :
- Douleur lors de l’élévation entre 60° et 120° (zone douloureuse caractéristique)
- Aggravation progressive
- Douleur nocturne à un stade évolué
3. La rupture partielle de coiffe
Le tendon est partiellement déchiré (sur sa face supérieure ou inférieure). C’est souvent l’évolution d’une tendinopathie chronique.
Symptômes :
- Douleur plus intense
- Réveils nocturnes fréquents
- Légère perte de force
- Réponse partielle aux infiltrations
4. La rupture transfixiante de coiffe
Le tendon est complètement rompu, créant un trou dans la coiffe. Très fréquente après 60 ans (jusqu’à 40% des plus de 70 ans), souvent asymptomatique mais parfois très invalidante.
Symptômes :
- Douleur intense, surtout nocturne
- Perte de force sur certains mouvements (élévation, rotation)
- Limitation des activités quotidiennes
- Possible “épaule pseudo-paralytique” (impossibilité de lever le bras)
5. La calcification tendineuse
Dépôts de cristaux de calcium dans le tendon, fréquents chez la femme entre 30 et 50 ans. Évolution caractéristique en plusieurs phases.
Symptômes :
- Douleur intense, parfois brutale
- Possible crise hyperalgique (douleur très intense pendant quelques jours)
- Visualisation à la radiographie
Quand consulter ?
Tous les symptômes douloureux ne nécessitent pas une consultation immédiate. Mais certains signes doivent vous alerter :
Signaux d’alerte
🚨 Consultez rapidement si :
- Douleur intense d’apparition brutale
- Perte de force franche du bras
- Impossibilité de lever le bras au-dessus de l’horizontale
- Douleur nocturne empêchant le sommeil depuis plus de 2-3 semaines
- Antécédent de chute ou traumatisme
🚨 Consultez en urgence si :
- Traumatisme avec déformation visible
- Perte de sensibilité ou de motricité du bras
- Douleur thoracique associée (à différencier d’un problème cardiaque)
Quand ne pas s’inquiéter immédiatement
- Douleur ponctuelle après un effort inhabituel
- Courbatures sportives
- Douleur cédant en quelques jours avec repos et antalgiques
Comment se passe le diagnostic ?
Le diagnostic d’une pathologie de la coiffe des rotateurs repose sur 3 étapes :
Étape 1 — L’interrogatoire
Le chirurgien recherche :
- Âge et antécédents
- Profession et activités sollicitantes
- Sports pratiqués (notamment lancers : tennis, handball)
- Mode d’apparition (progressif ou brutal)
- Caractéristiques de la douleur (nocturne, mécanique, à l’effort)
- Mouvements déclenchants
- Retentissement sur la vie quotidienne
Étape 2 — L’examen clinique
Examen méthodique de l’épaule :
- Inspection (amyotrophie, signes inflammatoires)
- Mobilités passive et active dans toutes les directions
- Tests spécifiques :
– Test de Jobe (sus-épineux) – Patte (sous-épineux) – Lift-off, Belly press (sous-scapulaire) – Tests d’instabilité, de conflit (Neer, Hawkins) – Test de Speed et Yergason (long biceps)
- Évaluation de la force
Étape 3 — Les examens complémentaires
Radiographies (face, profil, faux profil) :
- Recherche d’arthrose, calcification, anomalie acromiale
- Premier examen à demander
Échographie de l’épaule :
- Examen dynamique
- Visualise les tendons et leurs lésions
- Examen de référence en première intention
IRM de l’épaule :
- Examen le plus complet
- Indispensable avant une chirurgie
- Visualise tendons, muscles, cartilage, os, structures associées
Arthroscanner :
- Alternative à l’IRM (en cas de contre-indication)
- Bien adapté aux lésions de coiffe
Les options thérapeutiques
Le traitement médical (en première intention)
Pour la majorité des cas, un traitement médical bien conduit donne d’excellents résultats.
1. Le repos relatif
- Arrêt des activités déclenchantes (sport, gestes sollicitants)
- Pas d’immobilisation totale (qui aggrave la raideur)
- Adaptation des positions de sommeil (éviter de dormir sur l’épaule)
2. Les antalgiques et anti-inflammatoires
- Paracétamol en première intention
- AINS courte durée si pas de contre-indication
- Application de chaleur ou froid selon préférence
3. La kinésithérapie spécialisée C’est le pilier du traitement médical. Programme étalé sur 3 à 6 mois :
- Étirements et mobilisations passives
- Travail postural et de la statique
- Renforcement progressif des rotateurs (exercices excentriques)
- Renforcement des fixateurs de la scapula
- Massages, physiothérapie
4. Les infiltrations
- Cortisone (effet rapide, durée variable)
- Acide hyaluronique (parfois utilisé)
- PRP (plasma riche en plaquettes) : indication discutée
- 1 à 3 infiltrations possibles
- Sous échographie de préférence
Les résultats du traitement médical
- 70-80% d’amélioration pour les tendinopathies simples
- 50-60% d’amélioration pour les ruptures partielles
- Variable pour les ruptures transfixiantes
Le traitement médical doit être poursuivi 3 à 6 mois avant d’évaluer son échec.
La chirurgie (en seconde intention)
Indication :
- Échec du traitement médical bien conduit
- Rupture transfixiante chez patient motivé
- Calcification résistante
- Perte de force majeure
La technique : arthroscopie de l’épaule
L’opération se déroule sous anesthésie générale avec bloc inter-scalénique (qui anesthésie le bras pendant 12-24h pour le confort post-opératoire).
Étapes :
- Installation, désinfection
- Création de 3-4 petites incisions de 5 mm
- Bilan arthroscopique complet
- Acromioplastie : résection du bec osseux acromial
- Réparation tendineuse : insertion d’ancres dans l’os, sutures du tendon
Durée : 60 à 90 minutes selon l’étendue. Hospitalisation : ambulatoire ou 1 nuit.
Suites de la chirurgie
Immobilisation :
- Coussin d’abduction pendant 4 à 6 semaines
- Bras maintenu en écartement modéré
- Permet la cicatrisation du tendon
Rééducation :
- Mobilisations passives douces dès J7
- Mobilisation active assistée à 6 semaines
- Renforcement actif à 3 mois
- Reprise progressive des activités à 4-6 mois
Récupération complète : 4 à 6 mois en moyenne (parfois jusqu’à 1 an pour les ruptures importantes).
Comment soulager la douleur nocturne en attendant ?
Quelques conseils pratiques pour mieux dormir :
Adapter votre position
- Dormez sur le dos plutôt que sur le côté douloureux
- Surélevez votre bras sur un oreiller
- Coussin d’allaitement entre les bras pour un soutien latéral
- Évitez le côté douloureux
Avant le coucher
- Glaçage 15-20 minutes (sauf calcification en phase chaude)
- Antalgique environ 1h avant le coucher
- Étirements doux non douloureux
- Application de chaleur (poche, douche chaude)
Hygiène du sommeil
- Pièce fraîche
- Pas d’écran avant le coucher
- Heure régulière
- Activité physique adaptée dans la journée
À éviter
- Dormir sur l’épaule douloureuse
- Levés brutaux du bras
- Auto-massages forts
- Auto-médication prolongée sans avis
Questions fréquentes
Combien de temps une tendinite de l’épaule met-elle à guérir ?
Une tendinopathie de la coiffe des rotateurs nécessite 3 à 6 mois de traitement médical bien conduit pour s’améliorer significativement. La guérison complète peut prendre jusqu’à 12 mois. La régularité de la kinésithérapie est essentielle.
Une rupture de coiffe peut-elle guérir sans opération ?
Les ruptures partielles peuvent s’améliorer avec le traitement médical. Les ruptures transfixiantes ne cicatrisent jamais spontanément. Cependant, beaucoup de patients fonctionnent correctement malgré une rupture, grâce à la compensation par les autres tendons. La décision opératoire dépend de la douleur, de la perte de fonction et du profil du patient.
À quel âge ne plus opérer une rupture de coiffe ?
Il n’y a pas d’âge limite formel. La décision dépend de l’état général, des comorbidités, de la qualité musculaire et tendineuse, des attentes du patient. Au-delà de 70-75 ans, en cas de rupture massive avec rétraction et amyotrophie majeure, une prothèse d’épaule inversée peut être préférable à une réparation de coiffe.
L’infiltration de cortisone est-elle dangereuse ?
Les infiltrations sont sûres si elles sont réalisées dans les règles. Limitez-vous à 2-3 par an au maximum sur la même articulation. Effets secondaires possibles : poussée inflammatoire transitoire (24-48h), perturbation glycémique chez le diabétique, modification cutanée locale rare.
Peut-on prévenir les pathologies de la coiffe des rotateurs ?
Oui, partiellement :
- Activité physique régulière et équilibrée
- Renforcement des rotateurs et fixateurs de scapula
- Éviter les surcharges brutales
- Adapter les gestes professionnels
- Limiter les sports de lancer intensifs
- Prise en charge précoce des premières douleurs
Conclusion
Une douleur d’épaule nocturne persistante ne doit pas être banalisée. Elle révèle souvent une pathologie de la coiffe des rotateurs qui, prise en charge précocement, répond très bien aux traitements.
Le traitement médical (kinésithérapie, infiltrations) reste la première étape pour la majorité des patients. La chirurgie arthroscopique, en cas d’échec ou de rupture transfixiante, offre d’excellents résultats avec une récupération en 4 à 6 mois.
Le Dr Moussadjy, membre de la SFA (Société Française d’Arthroscopie), prend en charge l’ensemble des pathologies de l’épaule à la Clinique Saint-Faron (Mareuil-lès-Meaux, 77) et à la Clinique Paris-Lilas (Les Lilas, 93).
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